Transport routier de marchandises

Les tonnages transportés par les véhicules immatriculés en France ont reculé de 31 % depuis leur pic de 2007. Une baisse qui doit autant au recul du pavillon français qu’à celui du fret.

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Le transport routier de marchandises est le mode dominant du fret en France : il achemine l’essentiel de ce qui circule entre les entrepôts, les usines et les magasins. La série ci-dessous retrace les tonnages transportés par les véhicules immatriculés en France depuis 1999, en millions de tonnes. Elle raconte un décrochage durable, que ni la reprise d’après-crise ni celle d’après-Covid n’ont effacé.

Ce graphique nécessite JavaScript. Les données sont disponibles auprès d’Eurostat (jeu road_go_ta_tott).

Source : Eurostat, transport routier de marchandises par type d’opération et type de transport (road_go_ta_tott), série tous types de transport, toutes opérations, France. Unité : millions de tonnes.

Un pic en 2007, jamais retrouvé

Le sommet de la série se situe en 2007, à 2 258 millions de tonnes. La crise financière en emporte 14 % en deux ans, jusqu’à 1 939 millions de tonnes en 2009. Mais là où le PIB a fini par retrouver puis dépasser son niveau d’avant-crise, le tonnage routier, lui, n’y est jamais revenu.

Le plus frappant n’est d’ailleurs pas la crise elle-même, mais ce qui suit. Entre 2011 et 2018, sans récession pour l’expliquer, les tonnages perdent encore 22 %. La chute de 2020 – 1 508 millions de tonnes, le point bas de la série – n’est qu’un creux ponctuel dans une pente déjà bien engagée : le rebond de 2021 (+9 %) ramène la courbe à son niveau de 2019, pas davantage. En 2025, à 1 558 millions de tonnes, le transport routier français reste 31 % sous son pic de 2007, et même 18 % sous son niveau de 1999.

Ce que la série ne dit pas

Une précaution s’impose avant d’en conclure que moins de camions circulent en France. Cette statistique suit les véhicules immatriculés en France, où qu’ils roulent et non les marchandises transportées sur le territoire français. Un semi-remorque polonais qui livre Lyon depuis Anvers n’y figure pas.

Or c’est précisément le transport international des pavillons français qui s’est effondré : 35 % de tonnages en moins entre 2007 et 2025, quand le transport national reculait de 31 %. L’élargissement de l’Union à l’Est et la concurrence des transporteurs à coûts salariaux plus faibles ont déplacé une partie de l’activité vers d’autres pavillons, sans que les camions disparaissent des routes. La courbe mesure donc au moins autant le recul du pavillon français que celui du fret lui-même.

Le tonnage a par ailleurs ses limites comme indicateur : il compte les tonnes chargées, pas la distance parcourue. Mesurée en tonnes-kilomètres, l’activité recule de 21 % depuis 2007 une baisse réelle, mais nettement moins prononcée. Autrement dit, les véhicules français transportent moins de marchandises, mais les emmènent en moyenne plus loin.

Que transporte-t-on ?

Reste à savoir ce que contiennent ces camions. Le graphique ci-dessous décompose les tonnages par catégorie de marchandises, en part du total : chaque bande est une famille de produits, et son épaisseur la place qu’elle occupe cette année-là. Les huit premières catégories sont détaillées, les douze autres regroupées.

Ce graphique nécessite JavaScript. Les données sont disponibles auprès d’Eurostat (jeu road_go_ta_tg).

Source : Eurostat, transport routier de marchandises par type de marchandises (road_go_ta_tg), France, tous types de transport. Unité : % des tonnages ou millions de tonnes, au choix au-dessus du graphique. La série commence en 2009 : deux catégories manquent en 2008, ce qui fausserait les parts de cette année-là.

Un bloc domine et s’effrite : les matériaux de construction. Les minerais et produits de carrière restent la première catégorie transportée, mais leur part passe de 24 % à 21 % ; les matériaux de construction proprement dits reculent bien plus vite, de 23 % à 16 %. En volume, ces deux familles perdent respectivement 31 % et 46 % depuis 2009 à elles seules, elles expliquent l’essentiel du décrochage vu plus haut. Le camion français transportait d’abord du sable, du gravier et du ciment ; c’est cette activité-là qui s’est contractée.

À l’inverse, deux bandes s’épaississent. Les produits agricoles gagnent près de quatre points, seule grande catégorie dont les volumes progressent encore (+7 %). Et le « groupage » – des chargements mêlant des marchandises de nature différente – passe de 9 % à 15 % des tonnages, en hausse de 28 % en volume. Cette catégorie est le marqueur discret d’une logistique qui se réorganise : moins de camions dédiés à un seul produit, davantage de flux consolidés en plateforme, au service notamment du commerce en ligne.

Le fret routier français n’a donc pas seulement diminué : il a changé de nature. Il pèse moins parce que le pays construit moins, et ce qu’il continue de transporter ressemble de moins en moins au chargement homogène d’autrefois.

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