Carbone : que révèle l’écart entre empreinte et émissions en France ?

La France décarbone sa production plus vite que sa consommation : la moitié de son empreinte vient des importations.

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Empreinte de pas dans un chemin, remplie de voitures, avions, logements et usines, devant un paysage industriel et des éoliennes

Illustration générée par IA.

1. Que mesure l’écart entre les deux courbes ?

Le graphique ECONOMIXTE compare deux indicateurs complémentaires :

  • les émissions des unités résidentes, c’est-à-dire les gaz à effet de serre émis par les ménages et les entreprises résidant en France ;
  • l’empreinte carbone, qui mesure toutes les émissions liées à la consommation française, qu’elles soient produites en France ou à l’étranger.

Le périmètre des unités résidentes, retenu par l’Insee, inclut notamment les émissions produites à l’étranger par les compagnies françaises de transport aérien et maritime. Il diffère légèrement des émissions territoriales, qui ne comptent que ce qui est émis sur le sol français.

Empreinte carbone et émissions des unités résidentes de la France, en millions de tonnes équivalent CO₂. Les estimations provisoires de 2025 citées ci-dessous ne figurent pas dans le graphique.

En 2025, les émissions des unités résidentes françaises s’élèvent à 398 millions de tonnes équivalent CO₂, soit 5,8 tonnes par personne. L’empreinte carbone atteint 571 millions de tonnes, soit 8,3 tonnes par personne. Les données de 2025 sont provisoires.

L’écart représente 173 millions de tonnes équivalent CO₂. Il provient des échanges extérieurs. Pour satisfaire sa consommation, la France importe 296 millions de tonnes d’émissions. Les biens et services qu’elle exporte en contiennent 123 millions. Elle importe donc davantage d’émissions qu’elle n’en exporte.

Émissions et empreinte carbone de la France en 2025 (Insee, figure 1)

Source : Insee, Insee Première n° 2130, octobre 2026.

2. Pourquoi l’empreinte carbone diminue-t-elle moins vite que les émissions françaises ?

Depuis 1990, les émissions françaises ont baissé de 32 %, et l’empreinte carbone de 19 % seulement. La France décarbone sa production plus rapidement que sa consommation.

Cette différence s’explique par le poids des importations. Sur les 571 millions de tonnes de l’empreinte carbone française en 2025 :

  • 296 millions de tonnes, soit 52 %, proviennent des importations ;
  • 175 millions de tonnes sont émises par les activités économiques françaises pour satisfaire la demande intérieure ;
  • 100 millions de tonnes sont directement émises par les ménages.

Or la part des importations n’a cessé de croître : elle représentait 40 % de l’empreinte en 1990. Deux raisons à cela : la délocalisation de certaines productions, comme le textile, et une consommation croissante de produits fabriqués à l’étranger, comme les smartphones. L’année 2025 va dans le même sens : les émissions françaises reculent de 1,7 %, tandis que les émissions importées destinées à la demande française restent presque stables (-0,3 %).

Cet écart tient aussi à la nature des biens importés. En 2025, un euro d’importation contient en moyenne 538 grammes équivalent CO₂, contre 113 grammes pour un euro de PIB français. Le contenu carbone des importations est donc près de cinq fois supérieur.

La comparaison doit pourtant être lue avec prudence. Le PIB se compose surtout de services peu émetteurs. Les importations comprennent de l’énergie et des biens manufacturés, souvent fabriqués dans des pays au mix énergétique très carboné. À produits plus comparables, l’écart demeure : un euro d’exportations françaises, principalement des biens manufacturés, contient 324 grammes, soit 40 % de moins qu’un euro d’importation.

3. Comment réduire le carbone contenu dans nos importations ?

Les entreprises européennes supportent le coût de leur décarbonation et du prix européen du carbone. Elles peuvent pourtant être concurrencées par des produits fabriqués dans des pays où les normes climatiques sont moins exigeantes.

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne (MACF) applique aux produits importés concernés un coût carbone comparable à celui supporté par les producteurs européens. Il est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026 et couvre six secteurs : ciment, électricité, engrais, fer et acier, aluminium, hydrogène. Les importateurs achètent des certificats dont le prix suit celui du marché européen du carbone. En parallèle, les quotas gratuits accordés aux industriels européens de ces secteurs disparaissent progressivement d’ici 2034.

Il répond à trois objectifs :

  • préserver une concurrence plus équitable ;
  • limiter les déplacements de production vers des pays moins exigeants ;
  • encourager la décarbonation des chaînes de valeur mondiales.

Le MACF constitue ainsi un premier levier, encore limité : il ne touche ni les textiles, ni l’électronique, ni la plupart des biens de consommation. Son extension progressive à davantage de produits permettrait d’agir sur une part croissante des émissions importées.

Au total, réduire les émissions produites en France est indispensable, mais ne suffit pas, car la moitié de notre empreinte se forme hors de nos frontières. Le MACF permet d’agir aussi sur les émissions contenues dans les biens que nous importons.

Pour estimer votre propre empreinte carbone, vous pouvez utiliser le simulateur Nos Gestes Climat de l’ADEME.

Sources

Insee, « Émissions de gaz à effet de serre et empreinte carbone de la France en 2025 », Insee Première n° 2130, octobre 2026. Consulter

Ministère de la Transition écologique, « Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ». Consulter

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