Croissance ou justice sociale : faut-il choisir ?

L’arbitrage entre efficacité et redistribution structure le débat économique depuis un demi-siècle. Les données récentes le rendent nettement moins évident qu’il n’y paraît.

Croissance ou justice sociale : faut-il choisir ?

L'idée d'un arbitrage entre croissance et égalité a longtemps eu valeur d'évidence : redistribuer découragerait l'effort, taxerait l'investissement, brimerait l'initiative. Le raisonnement est cohérent. Il est empiriquement fragile.

Ce que montrent les comparaisons internationales

Les pays qui redistribuent le plus ne croissent pas systématiquement moins vite. Sur longue période, la corrélation est faible et le signe instable selon les périodes retenues.

À l'inverse, plusieurs travaux récents suggèrent qu'une inégalité élevée pèse sur la croissance, en limitant l'accès à l'éducation et à la santé d'une part importante de la population — donc en gaspillant du capital humain.

Le débat déplacé

La vraie question n'est donc pas « croissance ou justice », mais : quels instruments de redistribution ont un coût d'efficacité, et lesquels n'en ont pas ?

Une prestation sous condition de ressources mal calibrée peut créer des trappes à inactivité. Un investissement dans la petite enfance produit des rendements mesurables sur trente ans. Les deux relèvent de la « redistribution » ; leurs effets économiques n'ont rien de comparable.

Continuer à raisonner par grands blocs — plus d'État contre plus de marché — revient à s'interdire cette distinction, qui est pourtant la seule utile.


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