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104,4 milliards de dollars : ce que Washington a dû rembourser aux importateurs américains

Déficit creusé, prix en hausse : rembourser les importateurs n’efface pas le coût des droits de douane.

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Illustration générée par IA.

Réduire le déficit commercial, soutenir la production nationale et remplir les caisses publiques : Donald Trump prêtait plusieurs vertus aux droits de douane. Ces remboursements invitent à examiner leurs résultats et à comprendre comment leurs effets se transmettent à l’économie.

1. Pourquoi les États-Unis ont-ils dû rembourser ces droits de douane ?

Le 2 avril 2025, baptisé « jour de la Libération », Donald Trump annonce une vaste hausse des taxes sur les marchandises entrant aux États-Unis. Il les qualifie unilatéralement de « réciproques » : cette appellation relève de son administration, sans accord avec les pays concernés. Il entend corriger les déséquilibres commerciaux qu’il attribue à leurs pratiques.

Pour imposer ces taxes, le président américain invoque une loi sur les pouvoirs économiques d’urgence, l’IEEPA. La Cour suprême invalide cette base juridique : fixer les droits de douane relève du Congrès, et l’IEEPA ne les mentionne pas. Le Trésor rembourse alors 104,4 milliards de dollars entre mai et juillet 2026, sur un total estimé à 166 milliards.

2. Ces taxes ont-elles contribué à réduire le déficit commercial américain ?

En 2025, le déficit des échanges de biens de 1 235 milliards de dollars dépasse la moyenne annuelle des trois années précédentes : 1 141 milliards. Il reste donc supérieur à son niveau moyen d’avant la hausse des droits de douane.

Pourquoi comparer le déficit avant et après les taxes ne suffit-il pas ?
D’autres facteurs évoluent en même temps. Ainsi, en moyenne en 2025, le dollar a baissé d’environ 4,3 % face à l’euro par rapport à 2024. À prix en dollars inchangé, les produits américains deviennent moins chers pour les acheteurs européens, ce qui peut soutenir les exportations.

La méthode contrefactuelle consiste à estimer ce qu’aurait été le déficit sans les nouvelles taxes, puis à comparer ce scénario au résultat observé. Elle doit aussi tenir compte du fait que les taxes peuvent elles-mêmes influencer le dollar.

Pourquoi des droits de douane peuvent-ils pénaliser les exportations américaines ?
Les achats à l’étranger dépendent aussi de l’organisation de la production. La décomposition internationale des processus productifs (DIPP) consiste à répartir les différentes étapes de fabrication d’un bien entre plusieurs pays. Pour produire aux États-Unis, une entreprise peut ainsi importer des matières premières, des composants électroniques ou des pièces détachées qui seront transformés ou assemblés sur place.

Taxer ces intrants, c’est-à-dire les biens utilisés pour en produire d’autres, augmente ses coûts de fabrication. Elle peut devoir continuer à les importer malgré la taxe, faute de fournisseur américain capable de répondre à ses besoins de qualité, de quantité ou de délai. Les droits de douane peuvent donc renchérir les produits américains eux-mêmes et réduire leur compétitivité, y compris à l’exportation.

Au total, le déficit ne s’est pas réduit, et une partie de l’effet des taxes joue contre les exportations qu’elles devaient favoriser.

3. Comment ces taxes ont-elles contribué à la hausse des prix américains ?

Un droit de douane est acquitté par l’entreprise qui importe. Elle peut réduire sa marge, négocier avec son fournisseur ou augmenter son prix de vente. La hausse se transmet aux prix par deux canaux.

Premier canal : les biens importés achetés par les ménages. Prenons un exemple simplifié : un produit acheté 100 dollars à l’étranger et soumis à une taxe de 20 % coûte désormais 120 dollars à l’importateur, avant transport et distribution. Si l’importateur répercute la taxe sur son prix de vente, le consommateur paie plus cher.

Second canal : les intrants importés, du fait de la DIPP. Les matières premières comme l’acier, l’aluminium ou le cuivre, taxées dès 2025, entrent dans la fabrication de nombreux produits américains, des voitures aux appareils électriques. Le même mécanisme qui pénalise les exportations renchérit alors des biens fabriqués aux États-Unis et vendus sur le marché intérieur. La hausse des prix ne touche donc pas seulement les produits importés.

Cette transmission aux prix a été mesurée. Dans une étude publiée le 8 avril 2026, des chercheurs de la Réserve fédérale estiment que les hausses de droits appliquées jusqu’en novembre 2025 ont relevé, à février 2026, de 3,1 % les prix des biens de consommation hors alimentation et énergie, par rapport à leur niveau estimé sans ces taxes. L’effet atteint 0,8 % sur l’ensemble des prix de consommation hors alimentation et énergie, services compris. Ces estimations couvrent plusieurs mesures douanières de 2025, au-delà de celles du 2 avril.

4. Rembourser les importateurs suffit-il à effacer les conséquences de ces taxes ?

Le graphique distingue les recettes brutes, les remboursements et les recettes nettes : l’argent effectivement conservé par l’État. En juin et juillet 2026, les remboursements ont dépassé les encaissements douaniers.

RECETTES DOUANIÈRES AMÉRICAINES : BRUTES, REMBOURSEMENTS ET NETTES
En milliards de dollars courants, par mois, de janvier 2025 à juillet 2026

Recettes douanières américaines brutes, remboursements et recettes nettes, janvier 2025 à juillet 2026

Source : U.S. Treasury, calculs d’Antoine Bouët, OFCE, 21 septembre 2026 (graphique 1, licence CC BY 4.0), redessiné par ECONOMIXTE.

Mais le remboursement revient à l’importateur. Sa transmission aux clients dépend ensuite des prix pratiqués et de la concurrence. Il ne garantit donc aucune restitution aux ménages des surcoûts déjà supportés.

Le remboursement ne concerne d’ailleurs que les droits fondés sur l’IEEPA : ceux qui frappent l’acier, l’aluminium ou le cuivre, adoptés sur une autre base juridique, restent en vigueur.

Il faut également distinguer hausse des prix et inflation durable : une taxe peut relever progressivement les prix, puis cesser d’alimenter leur hausse une fois répercutée. Les prix peuvent ainsi rester plus élevés alors que l’inflation ralentit.

Au total, protéger une activité produit des effets sur les entreprises qui utilisent ses produits, sur les consommateurs et sur les finances publiques. Apprécier une politique douanière suppose de rapprocher les emplois et la production qu’elle soutient des coûts qu’elle fait supporter à l’ensemble de l’économie.

Sources

Antoine Bouët, « Le Trésor américain a déjà remboursé 104 milliards de dollars pour le “jour de la Libération” », blog de l’OFCE, 21 septembre 2026. Consulter

Réserve fédérale, « Foreign Exchange Rates, annual averages » (G.5A), 5 janvier 2026. Consulter

Réserve fédérale, « Detecting Tariff Effects on Consumer Prices in Real Time, Part II », FEDS Notes, 8 avril 2026. Consulter

Covington, « Current and Forthcoming Section 232 Actions by the Trump Administration », avril 2026. Consulter

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