Inde : les défis d’une croissance à 7 %

Productivité, IA, emplois, solaire : les quatre chantiers du rattrapage indien.

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Photo de Ameya Khanzode sur Unsplash.

En bref

La Banque mondiale prévoit une croissance de 7,1 % en Inde pour l’exercice 2026-2027. Cette expansion doit permettre au pays de poursuivre son rattrapage économique, avec un triple défi : développer les activités à forte productivité, créer des emplois accessibles au plus grand nombre et répondre aux besoins énergétiques tout en réduisant les émissions.

1. Que signifie l’entrée dans le top 4 mondial ?

Selon les projections du FMI, l’Inde devrait dépasser le Japon dès 2027, avec un PIB nominal d’environ 4 580 milliards de dollars. Sensible aux taux de change, ce classement mesure toutefois une production totale convertie en dollars : le niveau de vie dépend aussi de la richesse produite par habitant.

PIB de l'Inde, du Japon et de l'Allemagne, 1980-2031, en milliards de dollars courants, projections du FMI

Valeurs de 2026 à 2031 : projections du FMI (octobre 2026). Comparer l’Inde, le Japon et l’Allemagne sur le graphique interactif du FMI.

Pour comprendre la suite du rattrapage, il faut donc regarder la productivité. Le FMI souligne un écart considérable : les plus petites entreprises indiennes produisent, par travailleur, moins de 20 % de ce que produisent les grandes, contre près de 45 % aux États-Unis.

L’investissement public peut contribuer à réduire cet écart. Routes, ports et réseaux électriques rendent possibles des projets privés jusque-là freinés par les coûts logistiques ou les difficultés d’approvisionnement. Les aides liées à une production supplémentaire, les Production Linked Incentives, complètent cette politique industrielle. L’enjeu est de permettre aux entreprises de grandir, de s’équiper et de produire plus efficacement.

2. Les services informatiques et l’IA peuvent-ils entraîner toute l’économie ?

La Banque mondiale met en évidence un moteur déjà puissant : les services informatiques, soutenus par un vaste vivier de compétences et des infrastructures publiques numériques. Les Global Capability Centers, où les multinationales regroupent des activités d’ingénierie, de recherche ou d’analyse de données, employaient 2,36 millions de professionnels en 2025, contre 1,9 million en 2024. L’investissement privé dans l’IA est passé de 1,2 à 4,1 milliards de dollars sur la même période.

Deux perspectives se dessinent : exporter davantage de services à forte valeur ajoutée et diffuser ces technologies dans l’économie indienne. Une petite entreprise peut améliorer sa gestion, un agriculteur accéder à un conseil adapté, une administration faciliter l’accès aux prestations. C’est le potentiel de la small AI souligné par la Banque mondiale : des applications ciblées, adaptées aux besoins et aux contraintes locales.

La diffusion des usages devient aussi importante que l’émergence de champions technologiques. Les effets sur l’emploi restent incertains : l’IA transforme également les tâches sur lesquelles une partie de la réussite informatique indienne s’est construite.

3. Où se créeront les emplois à grande échelle ?

Le contraste donne la mesure du défi : l’agriculture concentre encore environ 45 % des emplois, selon le mémorandum de la Banque mondiale publié en 2025. Les services technologiques peuvent tirer les exportations et la productivité ; le développement doit aussi ouvrir des débouchés aux travailleurs dont les qualifications sont différentes.

L’agroalimentaire, le textile, les transports, le tourisme ou les services de soin peuvent élargir ces possibilités. Passer de l’agriculture à une activité industrielle ou de services augmente durablement le niveau de vie lorsque cette transition donne accès à un travail plus productif, mieux rémunéré et assorti de protections sociales. C’est cette transformation des emplois qui permettra de réaliser le dividende démographique, le potentiel de croissance associé à une population nombreuse en âge de travailler.

4. Le solaire peut-il permettre un saut dans le développement ?

L’Inde construit une partie du système énergétique qui accompagnera sa croissance : elle peut donc satisfaire directement de nouveaux besoins avec le solaire et éviter certains investissements fossiles. Elle a ajouté 44,6 gigawatts de capacités solaires en 2025-2026, selon le gouvernement indien. L’AIE estime que le solaire pourrait couvrir la moitié de l’augmentation de la demande d’électricité d’ici 2030, portant sa part dans la production à près de 18 %, contre environ 10 % en 2026.

L’essor du solaire peut coexister avec celui du charbon, qui fournirait encore un quart de l’électricité supplémentaire nécessaire. Accélérer son remplacement exige des réseaux renforcés, du stockage et des sources complémentaires pour adapter l’offre à la consommation. Réduire aussi la dépendance au pétrole suppose d’électrifier les transports et certains usages industriels. Coordonner ces investissements permet d’articuler compétitivité, sécurité énergétique et décarbonation.

Au total, l’entrée dans le top 4 mondial mesure d’abord une taille. La réussite du rattrapage dépendra de sa capacité à se diffuser : dans la productivité des petites entreprises, dans les emplois offerts à ceux qui quittent l’agriculture, dans une électricité moins carbonée et dans la résistance aux aléas climatiques, alors que la moitié des surfaces cultivées dépendent encore des pluies. Sa portée se mesurera à sa capacité à entraîner des progrès en santé, en éducation et en revenu, les trois dimensions de l’indice de développement humain. Or la question dépasse l’Inde : le pays le plus peuplé du monde peut-il s’enrichir sans refaire le chemin carboné des pays déjà développés ? Une part du monde qui vient dépend de la réponse.

Sources et données

  • FMI, World Economic Outlook, octobre 2026. Consulter
  • FMI, Croissance des entreprises, innovation et productivité en Inde, janvier 2026. Consulter
  • Banque mondiale, India Development Update, octobre 2026. Consulter
  • Banque mondiale, les indicateurs de l’Inde sur Data360. Consulter
  • AIE, Electricity 2026. Consulter

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