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En bref
Pourquoi les carburants restent-ils chers même quand le prix du pétrole baisse ? La fermeture du détroit d’Ormuz et les attaques contre les infrastructures pétrolières russes réduisent les approvisionnements. Les autres raffineries peuvent difficilement compenser les volumes manquants, tandis que les consommateurs disposent de peu d’alternatives immédiates. L’ajustement passe donc surtout par les prix : l’essence et le gazole renchérissent par rapport au brut, absorbant une partie du bénéfice de sa baisse à la pompe.
1. Comment le pétrole peut-il baisser tandis que les carburants restent chers ?
Le pétrole brut et les carburants s’échangent sur des marchés distincts. Leurs prix sont liés par la transformation industrielle, mais chacun dépend de ses propres conditions d’offre et de demande. Disposer de pétrole ne suffit pas : il faut pouvoir le transformer en carburants et acheminer ceux-ci vers les consommateurs.
Si des raffineries sont endommagées, la quantité de brut qu’elles peuvent traiter diminue.
Deux effets peuvent alors coexister : une moindre demande de matière première de leur part et une moindre offre de carburants sur le marché. Le premier peut peser sur le prix du brut ; le second soutient celui des produits raffinés.
L’écart entre ces deux prix, appelé crack spread, peut donc augmenter. Cet écart reflète les coûts de transformation et la rareté relative des carburants ; il ne correspond pas au bénéfice net du raffineur.
PRIX DES CARBURANTS (TTC) EN FRANCE ET COURS DU BRENT DEPUIS JANVIER 2026

Source : Banque de France, billet de blog n° 464, 13 octobre 2026 (graphique 1), d’après le ministère de la Transition écologique (prix des carburants) et l’EIA (Brent daté). Données quotidiennes arrêtées au 28 août 2026.
2. Pourquoi les prix s’envolent-ils quand les approvisionnements se réduisent ?
Tout dépend de l’élasticité de l’offre et de la demande, c’est-à-dire de leur sensibilité au prix.
À court terme, les raffineries disponibles disposent de capacités limitées. Une hausse des prix ne leur permet pas d’augmenter immédiatement leur production autant que nécessaire. De nouvelles installations exigent des investissements et du temps ; les réparations et la réorganisation des livraisons aussi.
Du côté de la demande, les possibilités d’adaptation sont également réduites, particulièrement pour le gazole : transporteurs et agriculteurs doivent faire fonctionner leurs équipements et disposent de peu de substituts immédiats.
Lorsque producteurs et consommateurs ajustent difficilement leurs volumes, l’essentiel de l’ajustement passe par les prix. Ceux-ci augmentent jusqu’à réduire suffisamment la consommation et attirer, lorsque c’est possible, des approvisionnements supplémentaires. Une perturbation des quantités disponibles peut ainsi entraîner une hausse des prix beaucoup plus marquée.
3. Quelle part de la hausse des prix vient des tensions sur le raffinage ?
La fermeture du détroit d’Ormuz freine les exportations du Golfe. Parallèlement, les attaques contre les raffineries et les infrastructures d’exportation russes réduisent les livraisons, notamment de gazole. Les acheteurs doivent trouver d’autres fournisseurs et se disputent les volumes disponibles, ce qui pousse les prix à la hausse.
Les autres raffineries peuvent difficilement compenser rapidement ces pertes : leurs capacités sont limitées et les circuits de livraison doivent être réorganisés. Pendant ce temps, transporteurs, agriculteurs et automobilistes continuent de s’approvisionner.
Selon la Banque de France, ces tensions sur les produits raffinés expliqueraient près de 60 % de la hausse des prix des produits pétroliers en France entre février et août 2026, qui a atteint environ 26 %. Une baisse du brut peut ainsi alléger le coût de la matière première, tandis que les difficultés à obtenir de l’essence et du gazole maintiennent leur prix élevé.





