Photo générée par IA.
Par Philippe Escande, Senior fellow Société & mutations contemporaines d’ECONOMIXTE
En bref
La polémique enflamme les médias, tandis que l’auteur, l’Haïtien Thélyson Orélien, nie en bloc.
Relevons du débat trois questions qui vont nous occuper longtemps.
1. Une IA pour surveiller les IA ?
C’est une IA qui est supposée avoir débusqué la supercherie, le logiciel américain Pangram. Le CheckNews de Libération, qui a passé au crible le roman et les écrits de l’auteur dans le temps, rappelle que ce logiciel est le plus réputé du secteur, avec une fiabilité proche de 100 %. Désormais, seule une IA peut surveiller une autre IA, sans que l’intervention humaine n’y puisse grand-chose. Fiable, vraiment ?
2. Est-ce la fin de la littérature… et de la création humaine ?
Comme le rappelle le professeur de littérature au Collège de France William Marx dans une tribune au Monde, la notion d’auteur date du XVIIIe siècle et n’a pas attendu l’IA pour susciter des polémiques en tout genre, de la plume anonyme qui écrit à la place de l’auteur aux petites mains des ateliers de Rubens ou de Rembrandt. Paul Valéry parlait déjà, dans les années trente, de l’écriture des automates. Pour William Marx, l’IA n’est pas à proscrire mais à utiliser comme « conseiller éditorial », sans court-circuiter l’étape laborieuse de la rédaction. Quitte à faire figurer l’IA dans les remerciements à la fin du livre ?
3. Est-ce la fin du monde ?
Dans son document d’introduction en Bourse, la société Anthropic affirme que sa machine, prénommée Claude, pourrait à terme faire courir un risque existentiel à l’humanité. Son concurrent français Mistral, par la voix de son fondateur Arthur Mensch, lui répond dans une longue et passionnante interview dans Le Monde. Pour lui, ce ne sont que des logiciels qui peuvent être contrôlés. Il y voit une stratégie de tentative de fermeture de ce marché par les deux grands leaders américains du domaine. Le contexte est incandescent : des montants d’investissement jamais vus dans l’histoire du capitalisme, face à des modèles économiques qui s’effritent à mesure de la banalisation des modèles, dont une bonne partie est disponible en open source. Chacun cherche donc à verrouiller son monopole, à la manière d’un Rockefeller du XXIe siècle. La tempête financière sera cette fois d’une autre magnitude.





