La massification ouvre les études et les diplômes à davantage de jeunes. Mais lorsque le diplôme distingue moins les candidats, la sélection se reporte sur l’expérience, les recommandations et les réseaux : c’est ce que nous appelons ici une hypersélection. Alors que les jeunes concentrent leurs efforts et leurs inquiétudes sur la sélection scolaire, qui les prépare à franchir cette dernière marche ? À l’ère de l’IA, écoles, universités et entreprises doivent organiser ensemble l’accès aux premières expériences et l’apprentissage du métier.
1. Le bac : le stress avant la sélection ?
20 %, 63 %, 80 % : trois générations de bacheliers. La proportion de bacheliers dans une génération est passée d’environ 20 % en 1970, au temps des grands-parents, à 63 % en 1995, au temps des parents, puis 80 % en 2025 (graphique 1), selon la DEPP.
Les jeunes adultes sont aussi davantage diplômés du supérieur : 41 % des 25-34 ans ont au moins un bac+3, contre 17 % des 55-64 ans.

Une part croissante de la sélection se joue après le bac, à l’entrée dans le supérieur et en master. C’est elle que contestent les lycéens et les étudiants mobilisés contre la sélection sur Parcoursup. Mais repousser la sélection ne la fait pas disparaître : lorsqu’elle intervient plus tard, à l’entrée en master ou dans l’emploi, elle risque de se retourner contre ceux qu’elle devait protéger, faute de critères suffisamment lisibles pour distinguer les parcours et les compétences.

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2. La valeur d’un diplôme ? Le coût de son absence.
Le diplôme distingue moins, mais son absence pénalise davantage. Un à quatre ans après la fin des études, le taux de chômage atteint 42 % chez les jeunes sans diplôme, contre 18 % avec le baccalauréat et 7 % avec un bac+5 (graphique 2).

Consulter les données de l’Insee
L’économiste parle de signal : le diplôme renseigne les employeurs sur les capacités supposées d’un candidat. Plus il se diffuse, plus son absence se remarque. Poursuivre ses études peut alors permettre de se distinguer à nouveau. La concurrence se reporte sur le niveau suivant.
Davantage de diplômés, c’est aussi davantage de candidats pour les mêmes postes si les emplois qualifiés ne progressent pas au même rythme. Lorsque le diplôme suffit moins à départager les candidats, l’expérience, les recommandations ou les réseaux peuvent peser davantage.
3. Premier emploi : la sélection sans les notes ?
La hausse des qualifications s’est accompagnée d’une progression des emplois qualifiés, avec des décalages persistants. En 2023, six ans après leur sortie d’études, 27 % des diplômés du supérieur en emploi occupaient un poste moins qualifié que celui correspondant à leur diplôme, selon l’enquête Génération 2017 du Céreq. C’est ce qu’on appelle le déclassement professionnel, mesuré ici à partir d’une grille de correspondance entre diplôme et catégorie d’emploi.
L’IA générative pourrait accentuer ces difficultés d’insertion. Une étude publiée par la Banque de France montre qu’entre novembre 2022 et mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé d’environ 28 % dans les métiers les plus exposés, contre 8 % dans les moins exposés. Cet écart constitue un signal d’alerte ; il ne permet pas, à lui seul, d’attribuer le recul à l’IA.

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L’entrée dans l’emploi se durcit déjà : au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %, en hausse de 2,5 points sur un an, selon l’Insee. Un stage, une alternance, un premier poste : chaque recrutement compte. Cette sélection, moins visible qu’un examen ou qu’une plateforme, engage toute la suite du parcours : comment acquérir l’expérience demandée lorsque les employeurs recrutent moins de débutants ?

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4. L’Allemagne : apprendre le métier en même temps que le diplôme ?
En Allemagne, l’apprentissage « dual » permet de préparer une qualification tout en apprenant un métier en entreprise : diplôme et expérience se construisent ensemble. Cette organisation, décrite par l’OCDE, donne aux employeurs une connaissance du candidat qui dépasse ses résultats scolaires.
C’est précisément là que le bât blesse pour la France. Historiquement focalisé sur le titre académique plutôt que sur le compagnonnage professionnel, le modèle français peine déjà à garantir l’insertion des débutants. La montée en puissance de l’IA générative vient percuter cette faiblesse : si l’algorithme absorbe les tâches élémentaires sur lesquelles les juniors faisaient traditionnellement leurs premières armes, qui prendra encore en charge l’apprentissage concret du métier ?
De la massification à l’hypersélection ? Pour une partie des jeunes, la sélection se durcit déjà à la dernière marche : l’entrée dans l’emploi. Penser le monde qui vient, c’est préparer avec eux les moyens d’y trouver leur place.





