Nobel d’économie 2026 : anticiper pour mieux stabiliser l’économie.

Robert Hall et Michael Woodford sont récompensés pour avoir montré comment nos anticipations façonnent la conjoncture.

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Robert Hall et Michael Woodford, prix Nobel d’économie 2026

Photos : Stanford University (Robert Hall) ; Columbia University (Michael Woodford).

En bref

Le prix Nobel d’économie 2026 récompense les économistes américains Robert Hall et Michael Woodford pour leurs travaux sur les fondements microéconomiques de la stabilisation macroéconomique. Professeur à Stanford, Robert Hall a 83 ans ; Michael Woodford, 71 ans, enseigne à Columbia. Sans avoir mené de recherches communes, ils reçoivent chacun la moitié des 12 millions de couronnes suédoises de la dotation, environ 1,07 million d’euros au total. Leur apport : mieux comprendre les décisions des ménages et des entreprises pour éclairer les politiques contre l’inflation et les récessions.

1. Pourquoi fallait-il renouveler les modèles économiques ?

Jusqu’aux années 1970, les gouvernements suivent une règle simple. Quand l’activité ralentit, ils la relancent par la dépense publique ou par la baisse des taux d’intérêt ; quand les prix s’emballent, ils freinent. Or, après le premier choc pétrolier de 1973, les deux difficultés surviennent en même temps : le chômage augmente et les prix flambent. C’est la « stagflation ». Relancer alimente l’inflation, freiner aggrave le chômage : les modèles de l’époque ne savent plus quoi conseiller. Hall et Woodford renouvellent l’analyse en partant des choix concrets des ménages et des entreprises, pour comprendre comment ces décisions individuelles, additionnées, font évoluer l’ensemble de l’économie.

2. Comment nos anticipations influencent-elles l’économie ?

Un ménage qui craint une perte de revenu peut réduire ses dépenses ; celui qui anticipe une hausse durable de ses revenus peut consommer davantage dès aujourd’hui. Robert Hall montre ainsi que la consommation dépend aussi des ressources attendues dans l’avenir. Dans son modèle, les variations de consommation répondent à des informations nouvelles qui modifient ces attentes : elles ne peuvent donc pas être prévues à partir des informations déjà disponibles.

Michael Woodford intègre ces anticipations et les décisions de fixation des prix des entreprises dans un cadre macroéconomique. Il analyse comment elles interagissent avec les taux d’intérêt pour influencer la consommation, l’activité et l’inflation.

Il éclaire aussi la lenteur avec laquelle les prix réagissent à un choc : modifier un prix coûte, et chaque prix dépend de tous les autres. Son ouvrage Interest and Prices, paru en 2003 et jamais traduit en français, sert depuis de socle à la théorie néokeynésienne.

3. Comment ces travaux aident-ils les décideurs ?

Ces modèles aident les banques centrales et les gouvernements à apprécier quand soutenir ou freiner l’activité. Ils éclairent notamment le rôle de l’« output gap », l’écart entre la production effective et la production potentielle de l’économie, qui renseigne sur les tensions ou les capacités inutilisées.

Woodford souligne aussi l’importance d’une communication claire et crédible des banques centrales. La perspective de taux d’intérêt durablement élevés peut, par exemple, conduire à différer un achat à crédit ou un investissement. La politique monétaire agit donc par les décisions prises aujourd’hui, mais aussi par celles qui sont attendues pour demain. Ces travaux ont d’ailleurs amené la plupart des banques centrales à se fixer des objectifs de taux d’intérêt plutôt que de quantité de monnaie. Ils sont aussi à l’origine du forward guidance, la pratique qui consiste à annoncer à l’avance l’évolution probable des taux, très employée après la crise de 2008.

À lire : l’analyse de Jean-Marc Vittori dans Les Échos.

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