Photo de Rohit Choudhari sur Unsplash.
En bref
Six milliards d’articles achetés en ligne ont été importés dans l’Union européenne en 2025, trois fois plus qu’en 2022.
Derrière les prix très bas proposés par certaines plateformes extra-européennes se cachent pourtant des coûts pour la société auxquels les nouvelles règles tentent de répondre: contrôles douaniers, produits dangereux, concurrence avec des entreprises soumises aux normes européennes et dommages environnementaux.
1. Pourquoi les petits colis sont-ils désormais davantage taxés ?
Jusqu’à récemment, les colis d’une valeur inférieure ou égale à 150 euros étaient exonérés de droits de douane. Cette règle, conçue pour simplifier le traitement des petits envois, est devenue un avantage décisif pour les plateformes expédiant directement leurs produits depuis des pays situés hors de l’Union européenne.
Depuis le 1er novembre 2026, des frais de traitement de 2 euros par catégorie d’articles s’ajoutent au droit de douane de 3 euros, en vigueur depuis le 1er juillet pour les envois d’une valeur inférieure ou égale à 150 euros. Une commande de deux tee-shirts et deux jouets, qui comprend deux catégories d’articles, supporte ainsi 10 euros de prélèvements.
L’objectif est double : réduire l’écart de traitement avec les commerçants européens et financer le contrôle d’un nombre d’envois devenu considérable. Ces sommes sont acquittées par les plateformes, les vendeurs ou les transporteurs, mais elles peuvent être répercutées sur les prix payés par les consommateurs.
2. Que révèlent les contrôles sur ces colis ?
Les résultats publiés par les pouvoirs publics montrent que le problème ne se limite pas à la concurrence par les prix. Une opération menée par la Douane sur 26 637 colis a constaté 69 % de produits non conformes parmi ceux contrôlés. Sur près de 600 produits analysés, la DGCCRF en a identifié 75 % de non conformes et 46 % de dangereux.
Le prix affiché sur la plateforme ne comprend donc pas tous les coûts liés au produit. Une partie est supportée par la collectivité, qui finance les contrôles, et une autre par le consommateur lorsque le produit est défectueux ou dangereux. Les nouveaux prélèvements doivent notamment contribuer au financement de la gestion et du contrôle de ces colis.
3. Les nouvelles règles commencent-elles à modifier les comportements ?
Selon les données citées par le ministère de l’Économie, la fréquentation a reculé en un an de 42 % pour Shein, de 36 % pour Temu et de 10 % pour AliExpress. En septembre 2026, les ventes réalisées sur ces plateformes auraient diminué en moyenne de 25 %.
Il faut toutefois rester prudent : ces évolutions ne peuvent pas être entièrement attribuées aux nouvelles taxes. Elles peuvent également dépendre de la conjoncture, de l’image des plateformes ou de l’évolution des habitudes d’achat. Mais elles montrent que leur modèle économique est sensible au renforcement des règles.
La fiscalité est complétée par des mesures environnementales. Depuis septembre 2026, un malus pouvant atteindre 12 euros s’applique à certains articles de mode ultra-éphémère. À partir du 1er janvier 2027, leur publicité dans les médias sera interdite.
Le prix d’achat de ces produits ne couvre donc qu’une partie de leur coût. Tout l’enjeu des prochaines années sera de faire supporter ce coût aux plateformes et aux vendeurs, plutôt qu’aux commerçants européens, aux consommateurs, aux finances publiques et à l’environnement.
Source : Ministère de l’Économie, « Lutte contre les dérives des plateformes de e-commerce », 2 novembre 2026.





